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Titre : Test en groupe : cas pratique et limite
Lettre n° :
50
Thème : Test utilisateur
Date :
29 mai 2001
Nos prestations de test sont souvent comparées aux « Focus group » et autres études proposées par les principaux instituts ou cabinets de conseil qui font intervenir des utilisateurs en groupe.
En qualité de spécialistes en ergonomie dans l’évaluation de la qualité de l’expérience utilisateur, nous employons une méthodologie adaptée à l’analyse de l’utilisabilité d’un service en ligne.
Nous vous proposons ci-dessous l’analyse d’une étude à laquelle nous avons assistée qui décrit des problèmes méthodologiques et leurs conséquences sur la qualité de l’évaluation réalisée.


Tests en groupe : présentation d’un cas pratique
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Nous avons récemment assisté à une matinée de test en groupe organisée par un acteur généraliste du conseil : pendant 3 heures, 10 participants ont évalué la maquette html fonctionnelle d’un service en ligne.

Deux groupes de cinq participants ont été conviés successivement aux deux phases d’évaluation de ce test.
Ils avaient au préalable participé aux groupes de travail préliminaires du projet, dont l’objectif était la définition et la validation des fonctionnalités et contenus mis à disposition dans le service en ligne.

Phase 1 : les participants étaient placés autour d’une table et devaient effectuer en une heure, cinq tâches précises en naviguant dans le site. Les tâches étaient définies selon les principales fonctionnalités proposées dans le service en ligne. Chaque participant était assisté par une personne, appelée l’observateur, qui l’aidait à comprendre la tache et évaluait le succès ou l’échec à chacune d’elles.
Dans cette étude, les observateurs étaient les responsables du projet de service en ligne.
Phase 2 : il s’agissait d’une séance de travail animée par un consultant. Au cours de cette séance, les participants étaient invités à choisir différents types de graphiques ou de couleurs pour le service en ligne et devaient proposer des solutions permettant de résoudre les difficultés qu’ils avaient rencontrées lors de l’accomplissement des tâches qui leur avaient été assignées.

Analyse
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Si le nombre d’utilisateurs consultés en si peu de temps (et donc à un moindre coût) peut paraître séduisant, la qualité et la pertinence des données recueillies ne nous semble pas permettre d’évaluer réellement la qualité de l’expérience des utilisateurs de ce service en ligne.
Les évaluateurs et la méthodologie employée au cours des différentes étapes d’une évaluation sont déterminants de la qualité de l’analyse de l’utilisabilité du service en ligne.

Or, nous avons identifié, dans cette étude, différents problèmes méthodologiques :

1 - Non objectivité des participants et du mode de passation
-> Recrutement des participants
-> Mode de passation des tests

2 - Non pertinence des données recueillies
-> Qualification des évaluateurs
-> Recueil et analyse des données

3 - Manque de réalisme des sessions de test
-> Construction des scénarios
-> Matériel utilisé

Ces différents points sont présentés dans les paragraphes suivants.

1 - Non objectivité des participants et du mode de passation
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a- Recrutement des participants :
Les utilisateurs recrutés avaient déjà participé antérieurement aux focus group au cours desquels les principales fonctionnalités et contenus ont été définis.
Ils connaissaient donc le projet et ses principales caractéristiques, et ne pouvaient donc avoir une vision neutre des informations et services proposés et de l’architecture du site.

-> La connaissance préalable de l’objectif du service en ligne n’a pas permis l’évaluation de sa capacité à répondre aux besoins de ses utilisateurs, plus particulièrement au niveau de la cohérence et de la facilité d’accès aux informations présentées.

b- Passation individuelle vs. collective
La situation de test est une situation stressante lorsque l’utilisateur ne parvient pas à effectuer la tâche qui lui est demandée. Les participants ont souvent l’impression d’effectuer un test d’aptitude, ou se sentent pressés par l’observateur.
Pour le vivre et l’avoir observé au quotidien, nous savons que les utilisateurs ont tendance à culpabiliser et à se dévaloriser. Notre présence à leur coté et notre soutien permettent aux utilisateurs de ne pas se culpabiliser en cas d’échec dans l’accomplissement d’une tâche, en leur expliquant qu’ils ne sont pas responsables de cet échec, mais que c’est le service en ligne qui ne leur permet pas d’accomplir la tâche qu’ils souhaitaient effectuer.
Ainsi, d’une part, les utilisateurs ne sont pas stressés et démoralisés de l’expérience qu’ils viennent de vivre, et d’autre part, nous recueillons des données franches et sincères.

La passation collective génère un stress supplémentaire : la comparaison inter-individuelle : « pourquoi lui y arrive et pas moi ».

-> Ce type de passation n’est bonne ni en terme de données recueillies ni en terme de confort des utilisateurs.


2 - Non compétence des évaluateurs
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La qualité de l’analyse de l’utilisabilité d’un service en ligne est très largement liée à la méthodologie de recueil et de traitement des données mises en œuvre.
Celle-ci est dépendante :
- de la qualification des évaluateurs qui élaborent et emploient cette méthodologie au long des différentes phase de l’évaluation du service en ligne
- de la pertinence du recueil et de l’analyse des données.

a - Qualification des évaluateurs
Seuls des experts de l’Interaction Homme/ Machine peuvent évaluer l’utilisabilité d’un site, c’est à dire la capacité de ce service en ligne à être facilement compris et utilisable par ses clients et prospects.
Il appartient bien à des psychologues cogniticiens formés à l’analyse fonctionnelle des systèmes informatiques plutôt qu’à des spécialistes du marketing et de la sémiologie, de répondre et d’évaluer la qualité de l’expérience utilisateur d’un service en ligne.

Enfin, l’expertise dans la conduite de l’évaluation (facilitation du test et entretien) permet ne pas influencer ou induire des réponses spécifiques des utilisateurs.

Analyse :
Les observateurs étaient les responsables du projet, et ils ne voyait chacun qu’un seul utilisateur. Les données recueillies étaient ainsi liées aux différents observateurs, ceux-ci ne s’étant pas coordonnés auparavant.
Or, pour avoir un recueil de données homogène et une vision transversale des difficultés rencontrées par les utilisateurs, il est important que tous les participants soient évaluées par la(es) même(s) personne(s).

-> Il en résulte :
- un manque d’homogénéité des données qui pénalisera la qualité de l’analyse, et
- une absence de vision d’ensemble du comportement des utilisateurs de ce service en ligne.

b - Recueil et analyse des données
La connaissance de l’interface web et du fonctionnement humain permettent de focaliser le recueil sur des données issues de l’observation du comportement et des verbalisations des participants.

La connaissance du fonctionnement cognitif de l’Homme, de ses caractéristiques et limites, permet d’optimiser le recueil des données issues de l’observation de l’interaction entre un utilisateur et un service en ligne, tant au niveau de la pertinence des données recueillies qu’au niveau de la qualité de ce recueil.

Les verbalisations ne permettent pas seules de rendre compte de l’ensemble de l’expérience utilisateur.
Par exemple, les informations traitées de manière « automatique », sans s’en rendre compte, sont difficilement verbalisables (e.g. qui est capable de décrire sans oubli et sans erreur les différentes opérations à effectuer pour démarrer une voiture, alors que la plupart d’entre nous le faisons automatiquement ?).
De plus, la capacité et les stratégies de mémorisation ne permettent pas de retracer de manière fiable et complète l’ensemble des actions effectuées pour compléter une tache.

Quant aux données comportementales recueillies, elles doivent concerner essentiellement les interactions des utilisateurs avec les éléments de l’interface supportant les principales fonctions cognitives.

L’analyse de ces données est ensuite orientée vers l’identification et la compréhension des éléments et évènements perturbateurs qui pénalisent l’expérience de l’utilisateur du service en ligne.

Analyse :
Les observateurs posaient des questions assez vagues sur des aspects superficiels de l’interface (couleur, style, graphisme) ce qui ne permet pas de recueillir des informations sur les problèmes d’utilisation de l’interface rencontrés par les utilisateurs.
De même, l’attention des observateurs était portée essentiellement sur les verbalisations de l’utilisateur et non sur ses actes.
Les données recueillies risquent alors de refléter :
- ce que l’utilisateur aimerait entendre
ou ce qu’il pense que l’on voudrait entendre de lui
- ce dont il se souvient avoir fait
(mais il ne souvient pas toujours ce qu’il a fait)
- ce qu’il pense avoir fait
et non sur ce qu’il a réellement fait.

-> Ainsi, l’identification des difficultés et des stratégies réelles d’utilisation du service en ligne nécessitent la mise en œuvre d’une méthodologie de recueil et d’analyse de données prenant en compte le comportement et les verbalisations des utilisateurs.
La mise en œuvre d’une méthodologie adaptée à l’évaluation de l’expérience utilisateur nécessite la connaissance :
- du fonctionnement habituel d’un utilisateur lors d’une tâche de résolution de problème (par exemple recherche d’information),
- de l’interface web et de ses éléments déterminants tant au niveau de leur signification que de leur utilisation, et,
- du fonctionnement cognitif humain.

3 - Manque de réalisme des sessions de test
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La méthodologie d’évaluation doit permettre de reproduire le comportement le plus naturel possible, tant au niveau du réalisme des scénarios qu’au niveau du matériel utilisé afin de recueillir des données les plus réalistes possibles.

a- Construction des scénarios
Le comportement des utilisateurs est différent lorsque la mission qu’ils doivent accomplir n’est pas celle qu’ils se sont fixés eux-mêmes : les données recueillies peuvent alors refléter un comportement artificiel parfois très différent du comportement réel.
De même, l’ordre de présentation des différents éléments et le temps passé sur les différentes pages du site doivent refléter le plus possible une navigation « naturelle ».

Analyse :
les scénarios et tâches données aux participants étaient préalablement définies et ne prenaient pas en compte leurs attentes. Ils sont restés très longtemps sur la page d’accueil, car de nombreuses questions y faisaient référence, alors qu’en réalité, les utilisateurs n’y passent pas plus de 15-20 secondes avant de cliquer sur un lien.

-> La navigation naturelle doit être privilégiée : le fait qu’un utilisateur n’effectue pas de commentaires ou n’utilise pas certains éléments du site, est un résultat en soi : l’utilisateur ne l’a pas vu ou n’en a pas eu besoin pour l’accomplissement de sa mission.

b -Matériel utilisé
Le matériel utilisé doit refléter le matériel réel des utilisateurs finaux du service en ligne.

Analyse :
Les divers ordinateurs mis à la disposition des utilisateurs ne correspondaient pas à l’équipement moyen de la cible visée (ordinateur portable, sans souris, petit clavier, écran réglé en 1024 pixels, connectés au réseau interne de l’entreprise).

Conclusion
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Ainsi, l’évaluation d’un service en ligne doit être effectuée par des spécialistes du domaine, et selon une méthodologie rodée et pertinente pour les données à recueillir.

Au final, tout le monde risque d’être pénalisé :
- l’utilisateur final ne sera pas satisfait par le produit réalisé,
- le propriétaire du service en ligne ne rentabilisera pas son investissement,
- le prestataire du test ne renouvellera pas sa prestation.



Contacter l'auteur : Sophie-Laure Pilverdier (pilverdier@axance.com)

Mise à jour : Dimanche 15 juillet 2001
n° déclaration à la CNIL : 712.726
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