Thème : Divers Date : 26 avril 1999 Paru dans la lettre n° 01
Internet et après (D.Wolton)

Nous avons choisi de nous faire l’écho de quelques réactions qui ont accompagné la sortie du livre de Dominique WOLTON " Internet et après ? : une critique des nouveaux médias " et d’apporter ainsi notre modeste contribution au débat (pour ce qui concerne les détails de son argumentaire, nous vous conseillons de vous référer aux liens ci-dessous ainsi qu’à la fiche de lecture complète que nous mettrons en ligne la semaine prochaine) :
D. Wolton nous propose une analyse critique avec le regard d’un sociologue (l’auteur est directeur de recherche au CNRS, où il dirige le laboratoire "Communication et politique") il rappelle l’importance de la dimension humaine et sociale de l’intégration des technologies des médias. Il démontre à sa manière (fruit de ces nombreuses études réalisées au CNRS depuis près de 20 ans) que toute théorie de la société implique un modèle de communication à l’échelle individuelle et collective (ce qui a la même fonction que le ciment qui sert à assembler les briques d’une maison et garantit sa stabilité) or, il apparaît que depuis le début de l’époque moderne (basée sur la démocratie et l’individu), l’évolution de notre société est suscitée par l’innovation technologique, comme moteur de l’industrie et chaque grande innovation technique est mis en avant pour tenter de résoudre les principaux maux de notre société.
C’est à ce niveau que nous souhaiterions apporter notre regard car depuis le début de la décennie, on nous parle de ce que nous allons pouvoir faire demain avec une télévision qui n’en sera plus une, qui remplacera le téléphone, l’ordinateur… Mais ces défenseurs de l’innovation oublient l’essentiel : c’est le rapport que nous avons avec l’objet (et également à la société) et il ne suffit pas qu’un objet remplisse des fonctions qui pourraient être utiles à l’être humain pour que celui-ci l’intègre dans sa vie quotidienne (et que ses relations à l’autre en soient améliorées !)
Si l’on regarde dans l’histoire récente : le téléphone a été inventé en 1875, et il a mis près d’un siècle avant d’arriver dans nos foyers et devenir un objet quotidien dont la plupart des gens (à de rares exceptions) se passeraient difficilement.
De même, on peut considérer que l’internet a été créé depuis une trentaine d’années, son utilisation professionnelle ne date pourtant que d’une dizaine d’années, et son application grand public (pour tous les citoyens) n’a pris effet qu’en 1994 (et surtout aux USA) et l’on voudrait pourtant que toute personne qui dispose d’un ordinateur se connecte spontanément au réseau ? cela nous paraît bien irréaliste (tout comme le doublement d’utilisateurs en France d’ici l’an 2000, comme certains le prédisent déjà depuis de nombreux mois).
En effet, même si l’homme a appris à s’adapter de plus en plus vite à la machine, celle-ci induit des changements fondamentaux de comportements qui prennent du temps à s’inscrire dans la société, il suffit de se rappeler qu’il y a encore quelque mois il n’était pas possible de réserver un billet de train sur le site de la SNCF (idem pour Air France).
De plus, on peut également se poser la question du bienfait pour l’homme d’un réseau sans règles, où l’argent occupe chaque jour plus de place, nous sommes encore à une forme de préhistoire, et tout reste à organiser si l’on veut sortir du milieu " professionnel " auquel le web reste encore limité (et le faire devenir un médium de masse).
C’est d’ailleurs dans ce contexte que nous avons choisi d’intervenir avec notre activité de test afin de " pousser " les concepteurs du web à avancer dans le sens des utilisateurs et à sortir du cadre dans lequel ils sont confinés (notamment avec leur culture technique, ou artistique…), car si l’on veut être vraiment utile il faut s’adresser aux récepteurs directement (de trop nombreux produits ont échoué par l’absence de la prise en compte des consommateurs : mais nous aurons l’occasion d’y revenir lors de nos prochaines éditions).
Nous pouvons également intervenir en amont, en conseil, au niveau de la pertinence même, d’être présent sur le web : car de nombreux sites aujourd’hui ne servent à rien, quant aux autres servent-ils vraiment la bonne cause, et jouent-ils un rôle favorable au développement de notre société ? le débat reste ouvert !


o Un autre regard utile sur le sujet, le dernier livre de Donald A. Norman : " The Invisible Computer : Why Good Products Can Fail" = met en lumière les causes d’échec des produits qui n’ont pas été conçus en pensant aux utilisateurs, et au facteur culture
le livre chez <amazon.com> :
http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0262140659/qid=924956839/sr=1-2/002-7524488-9662034

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